Aspects biologiques des intersexuations



Vous avez dit biologie ?


A la différence de la médecine, la biologie n'étudie pas la personne humaine malade ni les pathologies qui en découlent, son rôle consiste à comprendre et à constater comment les organismes vivants fonctionnent et de quoi ils sont constitués. Pour ce faire la biologie peut faire appel à diverses disciplines scientifiques comme la génétique, la chimie, la physique, les mathématiques, la mimétique ...

C'est dans cette optique que notre atelier se positionne en matière d'états intersexes, nous considérons que la plupart des intersexuations (1) n'engendrent pas de désordres médicaux spécifiques et de ce fait qu'aucune considération médicale ne justifie un traitement et/ou une chirurgie systématiques sans le consentement de la personne intersexe et ce qu'elle soit mineure ou majeure.

Cette prise de position clairement exprimée nous vous proposons dans cette rubrique et sous forme de tableau une synthèse des différentes variations intersexes sous l'angle de la biologie avec toutefois une correspondance employée dans le jargon médical.

Avant cela nous ferons également une description ou rappel abordable par tous.t.e.s de quelques notions  en matière de déterminisme du sexe biologique.




Gènes, génome, chromosomes, caryotype

Chez l'être humain ainsi que chez la plupart des mammifères, ce sont les gènes situés pour la plupart sur les chromosomes X et Y  - parfois sur des chromosomes autres - qui déterminent le sexe biologique, l'ensemble des gènes d'un être vivant est désigné sous le vocable de "génome". Les chromosomes X et Y sont appelés "gonosomes" et les autres "autosomes". Dans l'état biologique "standard" chaque autosome est représenté en double exemplaire, un autosome étant d'origine maternelle et l'autre d'origine paternelle.

Les biologistes utilisent le terme de caryotype pour désigner l'emsemble des chromosomes présents chez un être vivant.

Chez l'humain "standard" il existe 21 paires d'autosomes numérotés de 1 à 22 et 2 gonosomes X,Y, soit un total de 46 chromosomes (2). Toutefois il peut arriver que des personnes possèdent 47 voir 48 ou plus de chromosomes, la plupart des chromosomes surnuméraires étant des gonosomes, mais pas toujours, comme par exemple dans le cas de la trisomie 21 où la personne possède un chromosome 21 en trois exemplaires au lieu de 2.

Le caryotype "standard" d'une personne  est noté comme suit par les biologistes :

46 XX  ou 46 XY

Dans le cas 46 XX cela signifie que la personne possède 46 chromosomes dont 2 gonosomes X qui font d'elle  une femelle biologique "standard" et ce en accord avec ce qui est constaté au niveau physique- présence d'un appareil génital fonctionnel féminin.

Dans le cas 46 XY cela signifie que la personne possède 46 chromosomes dont 1 gonosome X  et 1 gonosome Y qui font d'elle  un mâle biologique "standard" et ce en accord avec ce qui est constaté au niveau physique - présence d'un appareil génital fonctionnel masculin.




Phénotype et définition de l'intersexuation

La notion de "phénotype" est directement lié à ce qui est constaté au niveau de la constitution et des mécanismes  biologiques chez un être vivant qu'ils soient apparents ou non, évidents ou mis en évidence indirectement, il est employé parfois le synonyme de "caractère" pour désigner un aspect phénotypique particulier. Le phénotype est la conséquence de l'expression des gènes, par exemple une personne qui possède des yeux bleus possède un gène spécifique à ce caractère.

Dans ce qui nous occupe la comparaison entre le génotype et le phénotype nous amènera à évaluer si une personne possède un état intersexe. Cette même comparaison nous permettra de donner une définition biologique à l'intersexuation laquelle est à présent reconnue au niveau international, en voici la base minimale :

" L’intersexuation, est l'état d'un être humain ou d'un être vivant dont les organes génitaux sont difficiles ou impossibles à définir comme mâles ou comme femelles selon les standards habituels."

Cette impossibilité à définir selon les standards habituels, c'est à dire ceux évoqués plus hauts - 46 XX et 46 XY aux phénotypes conformes aux génotypes, par exemple présence d'un appareil génital en toute ou partie féminin chez une personne 46 XY - amènent à des questionnements sur les plans sociologiques, biologiques et bien entendu médicaux.

Les biologistes utilisant le vocable de "variations intersexes ou intersexuations" reconnaissent pour la plupart d'entre eux que l'intersexuation est un état naturel c'est à dire une possibilité prévue par les mécanismes du vivant, qui résulte du "brassage" génétique et/ou de mécanismes physiologiques spécifiques.



Variations intersexes

Il existe plus de 40 familles de variations intersexes, les plus courantes détectées vont de 1 naissance sur 500 et pour les plus rares de 1 naissance sur 1 voir 2 millions. Il est estimé par les bio-statisticiens que 2 % des personnes vivantes pourraient présenter au moins une variation intersexe "discrète".

Beaucoup de personnes ignorent qu'elles sont intersexes, ce n'est qu'au cours d'une visite ou d'un examen médical n'ayant aucun lien avec une recherche d'intersexuation, qu'elles sont détectées. Il vient à notre esprit le cas d'un homme qui en âge adulte consultant pour une hernie se vit affirmer qu'il possédait aussi un utérus et des trompes, "l'homme" parait-il, quitta en courant de toutes ses jambes le centre hospitalier où il était examiné ! 

Cette situation peut paraitre cocasse, elle explique bien toutefois que l'intersexuation est aussi attachée à un possible naturel.

Le tableau suivant décrit les principales catégories de variations intersexes en fonction du caryotype. C'est volontairement qu'il a été également mis en regard une comparaison entre la nomenclature biologique et médicale.


Tableau des principales variations intersexes - Grand format clicable


Pour l'atelier

Célia-Violaine Hébrard
Biologiste.